Ressan, photographe du monde libertin

Clarisse Luiz 26 mai 2019

Pendant des années, Ressan a parcouru l’hexagone ainsi que plusieurs pays d’Europe comme photographe et sex-reporter dans les milieux libertins. Il a collaboré avec la quasi-totalité des publications françaises pour adultes. Aujourd’hui, il s’oriente vers une approche beaucoup plus artistique même si la sensualité, l’érotisme et les relations libertines restent au centre de son travail.

 etl-service.ru : Vous êtes photographe depuis combien de temps ?

Cela fait une trentaine d’année que je gravite dans l’univers de la photo. J’ai commencé comme tireur noir et blanc dans l’un des plus grands laboratoires. C’est par ce biais que j’ai eu la chance de côtoyer des artistes comme Helmut Newton et de le voir travailler dans son appartement d’alors. J’ai pu aussi partager certains moments avec les photographes de l’agence Magnum qui couvraient tous les grands événements de la fin des années 70. Un peu plus tard, sous toutes ces influences, j’ai eu envie, moi aussi, de me mettre à la prise de vue.

etl-service.ru : Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous intéresser aux milieux libertins ?

C’est venu par hasard, dans les années 80. J’exposais quelques photos de nu dans le laboratoire où je travaillais. Une femme qui passait régulièrement devant la vitrine a voulu entrer en contact avec moi. Elle était rédactrice en chef de plusieurs magazines, elle appréciait mon travail et m’a embauché. J’ai commencé par photographier des couples puis, avec la grande mode des clubs échangistes, dans les années 90, j’ai commencé à sillonner toutes les routes de France. 

etl-service.ru : Vous avez parcouru les clubs pendant combien d’années ? C’était une passion, un plaisir qui vous motivait ?

Mon expérience en club a duré une vingtaine d’années. Je risque de faire des déçus, mais je faisais des photos en clubs uniquement parce que cela correspondait à la demande des rédactions pour lesquelles je travaillais. Au début c’était amusant. Je trouvais complètement surréaliste de me retrouver dans ce type d’établissement avec des femmes et des couples qui s’envoyaient en l’air sans la moindre gêne ni pudeur devant mes objectifs. Cela crée des liens et m’a permis de dialoguer avec des personnes d’une grande richesse, d’une grande ouverture d’esprit et issues de tous les horizons. 

etl-service.ru : Photographier des gens qui s’éclatent, qui s’envoient en l’air… Êtes-vous devenu libertin à votre tour ?

Non pas du tout. Je regarde cet univers avec toujours autant de surprise. Ce qui m’intéresse en réalité, c’est l’humain dans ce qu’il a de plus complexe ou d’équivoque. Les gens que l’on croise en club ne sont pas tous des fous furieux du sexe, ce sont pour certains des parcours de vie très intéressants. Et contrairement à d’autres, je n’ai jamais voulu mélanger mon travail et ma vie privée. De plus, cela me parait fondamental qu’on ne puisse pas me soupçonner de faire ce métier pour ensuite en profiter. La distance que j’ai toujours tenu à conserver me paraissait indispensable. 

etl-service.ru : Avez-vous un souvenir très particulier qui vous a marqué durant toutes ces années de travail en club libertin ?

J’aurais des centaines d’anecdotes à raconter. Cet univers est tellement rempli de surprises… Il y en a une qui m’amuse toujours. J’étais en Belgique. Les Belges ont un rapport très particulier et complètement décomplexé avec la sexualité. Un couple est entré par hasard dans l’établissement où je me trouvais, croyant qu’il s’agissait d’un restaurant classique. Pour ma part, je pensais qu’il s’agissait d’un couple de débutants et nous avons un peu bavardé. Au final, ils ont trouvé l’ambiance tellement agréable, festive et détendue qu’ils sont restés toute la soirée.

etl-service.ru : Aujourd’hui, quelle est votre activité ? Toujours les clubs ?

Non, j’ai tourné la page des clubs et sans regret. Aujourd’hui, je travaille uniquement dans les soirées privées. Mon travail n’est plus de photographier des couples nus en train de s’envoyer en l’air, mais plutôt de les mettre en valeur dans ce qu’ils ont de plus érotique et de plus troublant. Récemment, j’ai pu photographier des soirées « Eyes Wide Shut » organisées dans de superbes châteaux. Ce fut des expériences très enrichissantes pour moi. La beauté des lieux, les costumes… C’est vraiment ce type d’ambiance que je recherche à présent pour mon travail. 

etl-service.ru : Votre premier livre, Paris libertin a reçu quel accueil ?

Excellent : au moment de la sortie, il était le seul livre qui abordait les soirées libertines au travers de la photographie. Fin 2016, j’ai eu la chance de pouvoir aller le présenter à Miami et là encore, les américains l’ont fortement apprécié. Il faut dire que côté sexe, nos voisins d’outre-Atlantique fantasment énormément sur ce qui se passe en France dans les milieux libertins. 

etl-service.ru : En 20 ans de travail dans les milieux libertins, avez-vous constaté des changements, des évolutions ? 

Pour moi, la plus grande évolution, c’est la place de la femme dans ces milieux. Il y a 20 ans, elles venaient en club essentiellement pour faire plaisir à leur mari. Aujourd’hui, c’est totalement différent. Les femmes assument pleinement leur sexualité variée ou multiples. Elles assument leurs désirs, leurs fantasmes propres et non ceux de leurs compagnons. Et elles sont de plus en plus nombreuses à venir seules ou avec des copines dans les établissements libertins. 

(Photo à la une : )

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